Une nouvelle année

Samedi, janvier 2nd, 2010

Depuis le 31 décembre, des voeux en tous genres nous sont adressés, ceux des politiques de tous bords, ceux des religieux, ceux des publicitaires, ceux de nos relations, ceux de nos amis, ceux de nos proches… Tous s’associent pour nous dire qu’ils veulent le bonheur pour nous ! Ayons un a priori de confiance et croyons ce qu’ils nous souhaitent [sans oublier que croire ce n'est pas tenir, ni savoir, ni être sûr... mais espérer sans preuve]. Dès lors, nous attendons l’ouvrage auquel ils prétendent s’atteler. Car, même si personne ne peut faire notre bonheur sans notre consentement, sans nous ; il n’est pas moins vrai que certains détiennent des « leviers » qui peuvent fortement y contribuer. De même que nous pouvons, à notre place, permettre à d’autres d’avancer sur le chemin du bonheur.

L’homélie de Benoît XVI, lors de la messe du 1er janvier, n’a pas eu grand retentissement. Pourtant elle contient des phrases qui donnent à réfléchir, qui ne demandent pas de grands moyens pour être mises en oeuvre et qui peuvent ouvrir des horizons nouveaux. Je vous en livre quelques-unes, celles que je garde :

* « regarder l’autre avec respect quelles que soeint sa couleur de peau, sa nationalité, sa langue, sa religion »

* « Tout petit, il est important d’être éduqué au respect de l’autre même quand il est différent de nous ».

* A propos des enfants qui se mélangent dans les cours de récréation, il disait : « Leurs visages représentent la prophétie de l’humanité que nous sommes invités à former : une famille de familles et peuples ».

* L’autre est « un frère au sein de l’humanité, pas un rival ni un ennemi ».

* « Les visages des petits innocents représentent un appel silencieux à notre responsabilité : face à ces êtres sans défense, toutes les fausses justifications de la guerre et la violence s’écroulent » et il invitait à « déposer toutes les armes pour un monde plus digne ».

De plus, le 1er janvier, « Journée Mondiale de la Paix », il a réitéré son message connu depuis début décembre, mais avons-nous pris le temps de le lire :

http://www.eglise.catholique.fr/ressources-annuaires/guide-de-leglise/saint-siege-et-vatican/messages-du-pape/message-du-saint-pere-pour-la-celebration-de-la-journee-mondiale-de-la-paix-2010.html

ou plus simplement en tapant sur votre moteur de recherche : « Si tu veux cultiver la paix, préserve ce qui a été créé ».

Aujourd’hui, 2 janvier, l’évangile [Jean 1, 19-28] nous présentent Jean le Baptiste, apostrophé par des prêtres et des lévites : « Qui es-tu ? … Que dis-tu de toi-même ? » Dans sa réponse, il invite à se tourner vers « celui que vous ne connaissez pas et qui se tient au milieu de vous ». Celui-là, encore, se tient au milieu de nous, il a le visage du frère. Peut-être nous faut-il prendre le temps de dévisager cet inconnu, pour envisager un bout de chemin avec lui et découvrir que nous sommes son visage.

 

croireTV : Fête de la sainte Famille – Croire
Description : Commentaire spirituel pour la fête de la Sainte Famillel

Dieu fait grâce

Mercredi, décembre 23rd, 2009

L’évangile de ce jour [Luc 14, 57-66] nous fait témoins de l’interrogation de l’entourage d’un nouveau-né. L’enfant a huit jours. Comme le veut la tradition, il est circoncis et doit recevoir un nom. C’est le père qui doit le lui donner ; or, celui-là a été rendu muet. C’est donc la mère qui prend la place. Et surprise, elle rompt avec la tradition : « Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : Non il s’appellera Jean ». Stupéfaction dans l’entourage et incompréhension sont telles qu’on se souvient de se tourner vers le père, « le muet ». Il écrit : « Son nom est Jean ». L’étonnement redouble… et « le muet » retrouve la parole : « Il priait et bénissait Dieu ». Une question naît : « Que sera donc cet enfant ? »

Il est bon de se souvenir que « Jean » peut se traduire par « Dieu fait grâce ». Non seulement la grâce pour le père de retrouver l’usage de la parole et pour la mère d’avoir été lavée de l’opprobre que représentait la stérilité… Mais Dieu fait grâce parce qu’il se manifeste comme présent et agissant dans le monde. A la question de l’entourage, il sera répondu par la suite : Dieu fait grâce en suscitant la conversion [cf. la mission du Baptiste]… Dieu fait grâce en désignant par lui Celui qui vient… Dieu fait grâce, c’est-à-dire qu’un monde nouveau est annoncé et commence à prendre forme. Pour le voir, il importe de croire, de faire confiance, d’espérer.

C’est déjà la Bonne Nouvelle de la Nativité qui est émise. Celle-là n’aura sens que pour ceux qui acceptent de rompre avec les traditions, les habitudes, les a priori, les certitudes, les enfermements… Dieu fait grâce : il se révèle dans un enfant appelé à grandir… un « sans parole » qui se manifestera comme le Verbe… C’est le Royaume qui est gros comme un grain de sénevé et qui deviendra un arbre où pourront se nicher tous les oiseaux. La force du chrétien, c’est d’espérer. Elle est un non à la morosité pleurant sur un passé insatisfaisant, elle est un oui se réjouissant de l’avenir encore inconnu.

N’est-ce pas la Bonne Nouvelle dont nous sommes porteurs en ces jours ? « Un optimiste, c’est un homme qui plante deux glands et qui s’achète un hamac » [Maréchal de Lattre de Tassigny].

 

La faim… encore !

Mercredi, novembre 18th, 2009

Hier, nous avons pu lire dans les journaux des compte-rendus du sommet de la FAO qui s’est tenu à Rome, ces jours derniers. Je vous livre quelques points qui m’ont arrêté, car ils m’apparaissent comme récurents et pourtant si importants. Ils sont à mes yeux une question de justice. J’en ai retenu trois, une volonté et deux chiffres:
- « Les dirigeants se sont fixés pour objectif de nourrir chaque bouche de la planète ».
- « 1,2 milliard de personnes souffrent de la faim aujourd’hui ».
- « Dans le monde, une personne meurt de la faim toutes les six secondes ».

L’intention est louable et doit être louée. Il reste à trouver les moyens qui permettent de l’atteindre dans le respect de la dignité de ceux qui seront les bénéficiaires des actions. Il est nécessaire d’assister pendant un temps, mais il urge de mettre en oeuvre des techniques de culture qui autorisent chacun à se nourrir. Comme il était dit dans un temps pas si lointain, dans le « Petit livre rouge » [si ma mémoire est bonne] : « Plutôt que de donner un poisson, il vaut mieux apprendre à pêcher ». Il me semble qu’oeuvrer pour que cette situation ne perdure pas est une urgence pour laquelle nous devons peut-être accepter quelques « sacrifices » dans notre monde nanti. Je me suis permis de relever les chiffres car pour moi ils étaient plus que parlants ! Cette réflexion ne doit pas susciter de la « mauvaise conscience » mais provoquer notre agir !

Aujourd’hui, nous pouvons lire la paraoble des talents dans la version lucanienne [Luc 19, 11-28]. Comment ne pas l’interpréter en écho à ce fait [l'objectif] et ces chiffres. Dieu nous a confié la création ; il nous en a donné la responsabilité. Nous sommes invités à la « dominer » [comme l'écrit l'auteur de la Genèse], à la « cultiver » [transformer], chacun avec les dons qui sont les nôtres : tout le monde n’est pas ingénieur agronome pour consacrer quelques années de sa vie à l’agriculture tropicale dans un pays en voie de développement… mais chacun, là où nous sommes, nous pouvons mettre notre [nos] talent[s] au service du bien commun [cf. Caritas in veritate]. L’important n’est pas de faire de « grandes choses » mais de faire ce que nous pouvons, ce qui est à notre portée, pour que, se multipliant, cela devienne une oeuvre pour tous et que peu à peu le goût de la vie ne soit plus amer pour les uns ou pour les autres.

Il faut du temps, c’est bien pourquoi l’évangile parle d’un départ et ensuite d’un retour… l’entre-deux, c’est le temps du possible qui est le nôtre !

P.S. : Fêter le Christ-Roi, c’est vivre dans cette volonté de construire un monde différent, cf. La vidéo ci dessous.

 

Au-delà des maux… des mots…

Jeudi, octobre 29th, 2009

La lecture de ce jour [Romains 8, 31-39] nous conduit au coeur de l’expression de la foi chrétienne, dans la pensée paulinienne. Le cardinal Kasper, en 1999, en avait fait un commentaire très fort et judicieux. Je ne résiste pas au plaisir d’en extraire quelques lignes:

« Dans cette partie finale, l’Apôtre abandonne le caractère argumentaire et didactique de son exposé ; son langage prend un ton hymnique. De nouveau, toutes les puissances et les forces, toute la géhenne et toute l’horreur du monde sont appelées par leur nom. Mais depuis le sacrifice de Jésus sur la croix, le pouvoir de ces puissances est brisé. Dans la croix et la résurrection du Christ, le pouvoir de l’amour a montré qu’il était le plus fort. Il nous a arraché à l’emprise de ces puissances. Pour le chrétien, malgré toutes les tentations, les souffrances et les angoisses, il n’est donc pas question de résignation ni de découragement. Le cantus firmus est au contraire un chant de louanges.

Cette certitude du salut est toutefois nettement distincte de toute forme d’enthousiasme ; elle n’ignore pas la réalité de l’expérience de l’aliénation ; elle ne l’élude pas. L’espérance fait ses preuves dans la persévérance, c’est-à-dire dans la force du « rester là » et de l’endurance sous le fardeau et les pressions. Le chrétien vit encore à l’ombre de la croix. Mais c’est précisément ainsi, dans la foi en la victoire de la croix et de la résurrection sur ces puissances qui encore s’agitent, qu’à partir de l’expérience quotidienne de l’aliénation et en y ayant part, il peut être rempli d’espérance et chanter. »

Aujourd’hui, « qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? », question toujours actuelle. Pour redire notre attachement, au coeur de notre réalité quotidienne, marquée par nombre de maux, personnels ou collectifs, il nous faut, dans le creuset de nos vies, aller au coeur de notre foi : Qui est pour moi Jésus le Vivant, qui force les enfermements menaçant ? Que signifie pour moi vivre de la Résurrection ? L’espérance, quelle visage prend-elle dans mon existence ?

Le silence de l’espérance

Mardi, juin 2nd, 2009

Ces jours-ci, au cours des liturgies, nous sommes conviés à lire, à la suite, l’histoire de Tobit. Juste pour rappel, le commencement : Tobit est un homme juste, pieux, déporté, qui enfreint la loi du pouvoir en place, par souci non seulement d’obéissance à Dieu, mais par souci du respect dû aux défunts : il enterre les morts. Alors qu’il se repose un jour sous un arbre, de la fiente d’oiseaux lui tombe sur les yeux, le rendant aveugle. Tout comme pour Job, ses amis ne s’apitoient pas sur lui, mais  » les parents et les proches de Tobit se moquaient de sa conduite en disant : Où est-elle donc cette espérance pour laquelle tu faisais l’aumône et enterrais les morts ?  » [Tobit 2, 16]. Sa femme, elle-même, agacée par des remontrances concernant un chevreau, reçu en rémunération, susceptible d’une origine délictueuse, lui dit :  » On voit bien que ton espérance n’a servi à rien, et tes aumônes ont montré ce qu’elles valaient !  » [Tobit 2, 22].

Peut-être à tort, je pensai à ce texte de Tobit en découvrant, avec retard, la catastrophe aérienne du vol Rio-Paris. Combien de parents,  d’époux, de proches, d’enfants, d’amis, de collègues, de relations…d’un [ou plusieurs] victime[s] peuvent s’interroger :  » A quoi bon espérer ? « ,  » Quel sens la vie a-t-elle ? « ,  » Pourquoi croire [ou avoir cru] en un Dieu Amour ? « ,  » Pourquoi prier ? « ,  » Pourquoi faire confiance si… ?  » Toutes ces questions qui disent la souffrance devant cette fracture de la mort de l’être cher, mais aussi de l’inconnu. Quelle parole d’espérance adressée ? Comment retrouver la façon d’être de Tobit sans faire injure à ce qui déchire, tout en proclamant ce qui unife la Vie ?

Je pensai : le silence de l’espérance qui parle sans mots, et qui devient action.